“TE U’I ‘API MA’OHI, FA'AHEIMOE”,
l’exposition collective de fin d’année 2025 de la galerie Winkler à Tahiti explore la jeunesse polynésienne et sa capacité à se projeter dans l’avenir
Fa’aheimoe signifie vision, être averti par un songe, avoir un rêve.
Être un jeune polynésien aujourd’hui que cela signifie t’il ?
Porte t'il toujours des rêves ? Quelle place a-t-il dans la société ?
Quelle est sa capacité à s’inventer dans un monde en perpétuel changement ?
Passage d’un état à un autre, de l’enfance à l’âge adulte, ce moment charnière est
souvent perçu comme un état de crise, de révolte, une volonté de s’affirmer selon des repères.
Mais ces repères existent-ils toujours?
Les rites initiatiques ont disparu peu à peu, que reste-il pour les aider à grandir ? Le veulent-ils ?
Cet état des lieux d’une jeunesse polynésienne en pleine mutation vue par le prisme de
l’art est interprété par chaque artiste selon ses propres codes.
Comprendre la création
Pour cette œuvre, j’ai utilisé une planche d’anémones de Cavallini & Co, chinée dans la vieille ville de Nice, où je suis née. J’ai choisi l’anémone comme élément de fond : solidement ancrée à son corail tout en laissant ses tentacules se déployer librement, elle symbolise le lien des Polynésiens à leur terre, entre enracinement profond et ouverture vers le monde.
Dans mon collage, deux types d’éléments se distinguent. Les images collées sur les anémones renvoient à la culture polynésienne et aux racines des jeunes. Celles placées dans les espaces vides symbolisent le rêve et la projection vers l’avenir.
Toutes ces illustrations proviennent de magazines trouvés en Polynésie depuis le début de l’année. Elles constituent une petite collection personnelle qui nourrit mes créations.
Pour explorer le thème « Fa’aheimoe », j’ai échangé avec des Polynésiens et une professeure de philosophie. Ces discussions ont montré que, si beaucoup sont profondément attachés à leurs origines, ce peuple historiquement navigateur aspire aussi à découvrir le monde. Malgré ces envies d’ailleurs, ils reviennent souvent en Polynésie, là où ils se sentent véritablement chez eux.
Le collage rassemble plus de 80 découpages différents, chacun portant sa propre référence.
Parmi les images liées à la Polynésie, on retrouve la Reine Pōmare IV, Miss Tahiti, des porteurs de fruits, des danseuses, le panneau Firifiri, ainsi que des timbres locaux ou encore des fragments d’œuvres de Yiling Changues, artiste connue pour sa grande fresque située au cœur de Papeete.
D’autres images évoquent le rêve, le voyage et l’ouverture au monde : buildings, glacier californien, friperie, drapeau, timbres, monnaies, voiture, ainsi que des éléments plus symboliques comme des astres, des escaliers, un miroir, des nuages ...
Enfin, le collage intègre également des références artistiques célèbres, qui enrichissent sa dimension visuelle et symbolique :
Le Rêve – Henri Rousseau
Le Rêve – Pablo Picasso
La Victoire – René Magritte
D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? – Paul Gauguin
La Persistance de la mémoire – Salvador Dalí
Merahi metua no Tehamana – Paul Gauguin
Porte dans les rochers – Karl Friedrich Schinkel
L’exposition réunit les artistes de l’association Feruri no Ananahi aux côtés de nombreux autres talents :
Margaux Bigou, Lilouan Bonnel, Cartouche, Cronos, Andreas Dettloff, HTJ, K13F, Kamea, Lone Twin, Jonathan Mencarelli,
NDK, Maryse Noguier, Manutea Rambaud, SeL, Pascal Sun, Tahiri, Taunatere, Tehina et Tuatahi